Séries télévisées, croyances & incroyances

Séries télévisées, croyances & incroyances

Avertissement

Ce texte résulte d’une double irritation, aussi sourde que croissante. Sa première partie résulte du visionnement d’épisodes de trois séries télévisées, qui agacent notre conception du monde. Sa seconde, de la résurgence concomitante de discussions avec des croyants soutenant qu’un athée ne pouvait connaître qu’un bonheur illusoire, car il n’y aurait pas de vrai bonheur sans foi au divin.

Anti-prosélytes convaincus, nous ne cherchons pas à convaincre ceux ne partageant pas nos opinions, seulement à leur exposer, clairement, notre vision des choses, afin d’être mieux compris, en d’autres termes, à montrer que nous pouvons être athée, matérialiste & heureux.

✧✩❖✩✧

Introduction

Bien que ne possédant pas de télévision, nous avons découvert, lors de séjours chez certaines de nos relations des séries télévisées. Dans le lot, beaucoup s’avèrent médiocres ou nulles, mais quelques-unes se révèlent excellentes.

Parmi celles-ci, une quinzaine d’entre elles nous intéressent beaucoup : Hercule Poirot, Chapeau melon & bottes de cuirs, Drôles de dames, NCIS, Les Experts : Miami, Une Nounou d’enfer, Madame est servie, Friends, How I met your mother, The Big Bang Theory, Candice Renoir, Femmes de loi, The Mentalist, Bones & Castle. Les trois dernières retiennent particulièrement notre attention, en raison de trois points communs :

  ⚝  la résolution d’enquêtes policières, tambour battant ;

  ⚝  la présence d’un fil conducteur sentimental plus ou moins affirmé ;

  ⚝  l’opposition, dans les vedettes, entre un matérialiste athée (respectivement le consultant Patrick Jane, l’anthropologue judiciaire Temperance Brennan & le lieutenant Kate Beckett) & un croyant chrétien (respectivement : l’agent Grace Van Pelt –protestante–, l’agent Seeley Booth – catholique–, l’écrivain Richard Castle –agnostique crédule judéo-chrétien), au point qu’elles démarrent comme des apologies du matérialisme, pour progressivement montrer son inanité.

Ce dernier point se comprend puisque ces séries sont américaines & que ce pays s’est construit sur une foi que le matérialisme libéral, lié au protestantisme, bat en brèche. Or il n’est pas possible, dans des séries entrecoupées de publicité & cherchant l’auditoire maximal, de scier la branche sur laquelle on est assis. Se rabattre sur le matérialisme athée est une solution de facilité dans un pays où le président Bush Jr pouvait déclarer, sans protestations ni moqueries, qu’un athée ne pouvait pas être un bon citoyen américain. La laïcité américaine est fondamentalement religieuse : chacun doit pouvoir pratiquer sa religion, ceux qui n’en ont pas doivent respecter les croyants, mais l’inverse n’est pas vrai !

Dans Candice Renoir, la seule série française comparable, en raison de la présence des deux premiers éléments, le troisième est totalement absent & la foi est replacée dans le contexte laïque républicain : aucune religion ne doit s’imposer à ceux ne la pratiquant pas ; la liberté de conscience (droit de ne pas avoir de religion ou d’en changer à son gré) doit exister, même si les religions ou les sectes l’interdisent.

✧✩❖✩✧

Schématiquement, les croyants & les incroyants sont de trois sortes, les faibles, les indifférents & les forts.

  ❖  Les faibles sont les plus militants : pour justifier leur foi, ou leur incroyance, vacillante, ils ont besoin de l’imposer aux autres.

  ❖  Les indifférents essaient surtout de vivre ou de survivre, la religion tient pour eux du contrôle social par la définition du Bien & du Mal & d’une morale.

  ❖  Les forts se suffisent à eux-mêmes.

Pifométriquement, les premiers sont une forte minorité dangereuse, les seconds, une majorité nécessairement silencieuse & les derniers, une infime minorité.

✧✩❖✩✧

Le rejet du théisme, monothéiste ou polythéiste, peut prendre différentes formes.

  ❖  Selon Wikipédia, l’agnosticisme est une attitude de pensée considérant la vérité de certaines propositions concernant notamment l’existence d’un ou plusieurs dieux comme inconnaissable : à la différence des croyants, considérant probable ou certaine l’existence de telles divinités, ou des athées l’estimant impossible, les agnostiques refusent de trancher. Si le degré de scepticisme varie selon les individus, les agnostiques s’accordent pour dire qu’il n’existe pas de preuve définitive en faveur de l’existence ou de l’inexistence du divin, & affirment l’impossibilité de se prononcer.

  ❖  Le déisme postule un être transcendant – un « dieu » indéfinissable – qui n’interagit pas avec le monde, tout en restant à l’écart de toute religion révélée & ritualisée. Même s’il peut considérer que la vérité religieuse est inconnaissable, le déisme prend position en faveur de l’existence d’un être suprême. C’était la position officielle de Voltaire & de Benjamin Franklin.

  ❖  L’athéisme considère qu’il n’y a pas de dieu ; il peut découler d’un approfondissement de l’agnosticisme : s’il est impossible de trancher sur l’existence du divin, l’hypothèse de son inexistence est alors considérée comme vraie par défaut, conformément au principe de parcimonie.

  ❖  Le scepticisme philosophique suppose que la vérité sur ce qui échappe à l’expérience ne peut être connue avec certitude. Selon cette attitude philosophique, & selon la formule de Bertrand Russell, « on ne doit prendre position que sur preuve, & s’en abstenir lorsque la preuve fait défaut ».

  ❖  L’apathéisme estime que la question de l’existence ou de l’inexistence de divinités ne possède pas d’intérêt ni d’utilité pratique. Un exemple est la célèbre réponse du mathématicien Pierre-Simon de Laplace interrogé par Napoléon sur l’absence de Dieu dans son système du monde : « Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse ».

✧✩❖✩✧

Bien que nous la qualifiions d’athéisme mou, notre position est un mélange d’athéisme, de scepticisme philosophique & d’apathéisme, reposant sur l’existence suffisante & transcendante de la trilogie matière/énergie/information pour donner du sens au monde.

✧✩❖✩✧

Matérialisme athée & incroyance

Nous nous situons, donc, dans une optique matérialiste athée, basée sur deux constatations :

  ⚝  nulle part, on n’a observé une influence de l’immatériel pur (une entité immatérielle sans substrat matériel) sur la matière ; les miracles ne sont que des phénomènes mal observés ou encore inexplicables par les sciences & les techniques actuelles ;

  ⚝  partout, certains ont invoqué, invoquent & invoqueront encore longtemps l’immatériel pur pour justifier ce qu’ils ne comprennent pas : la beauté de la Nature, la cruauté de la vie, etc., mais chacun d’entre eux a une vision propre de cette immatérialité, baptisée religion ou secte, quand elle est partagée par d’autres.

Il va de soi que le jour où le premier constat sera scientifiquement invalidé, nous remettrons notre système de croyances en cause.

L’information, qui nous semble si immatérielle, repose sur un support matériel ; il n’existe pas d’immatériel non lié à la matière. L’existence d’entités immatérielles relève de l’imaginaire & plus encore de l’irrationnel. Même si nous ne pouvons vivre sans ce dernier ni sans absurdité, car nos moyens ne nous permettent pas de trouver une explication raisonnable & sensée à tous les phénomènes, ou, quand nous la trouvons, de toujours l’accepter, il ne s’avère pas indispensable de nous laisser gouverner par l’irrationalité.

Certes, les théories scientifiques n’expliquent pas tout, mais cela est secondaire :

  ⚝  nos sens sont si imparfaits que la beauté que nous apprécions tant n’est due qu’à leur imperfection, si nous pouvions voir un joli visage avec la précision d’un microscope électronique, nous verrions des crevasses, des poils, des tâches ;

  ⚝  même quand la science nous donne des explications, il nous arrive de les ignorer pour survivre : savoir que l’amour résulte de la surproduction de tels & tels produits chimiques ne présente aucun intérêt dans la vie quotidienne d’un neuro-physiologue, il a tout intérêt à l’oublier pour ne pas gâcher son existence.

De plus, les comportements irrationnels sont une nécessité, même pour les rationalistes les plus enragés :

  ⚝  nous vivons dans un monde trop complexe pour être totalement connu ;

  ⚝  nous n’employons activement qu’une partie de nos neurones, mais le restant est toujours vivant ; leur fonctionnement étant non seulement électrique, mais aussi chimique, ils s’avèrent toujours susceptibles de stocker & de produire des informations dont nous ne maîtrisons pas rationnellement l’accès ; elles échappent à la raison ;

  ⚝  l’irrationnel fournit à moindre coût des explications permettant de donner un sens un monde : il est facile d’admettre que le Soleil tourne autour de la Terre, il faut calculer pour se convaincre du contraire ou commettre un acte de foi, croire ceux qui l’ont prouvé.

À notre sens, il n’existe que des croyants, mais tous ne sont pas également considérés.

✧✩❖✩✧

Croyances & laïcité

Ceux qu’on appelle incroyants sont seulement ceux qui ne partagent pas la foi d’une croyance socialement plus (religion) ou moins (secte) validée. À la rigueur, ils seront perçus comme mal croyants s’ils adhèrent à une autre religion pour les plus tolérants. Pourtant, ils sont tous persuadés que leur foi est la meilleure. Les athées militants ne diffèrent pas des autres zélotes.

Bien qu’athées, nous possédons notre propre système de croyances irrationnelles & nous trouvons étrange qu’elles soient jugées moindres que celle des religions légales (judaïsme, catholicisme, orthodoxie, protestantisme, islamisme) déconsidérées depuis longtemps. Par exemple, nous trouvons extrêmement choquant d’une part qu’une personne porte un couvre-chef à l’intérieur, pour nous, il s’agit d’un signe de bêtise, & d’autre part que cette personne nous adresse la parole sans l’enlever, ce qui révèle une forte impolitesse, que ce couvre-chef soit un chapeau, une casquette, un bonnet, un béret, un casque, un képi, un foulard ou un voile. Il est plus rationnel de ne pas porter de couvre-chef à l’intérieur. En revanche, s’en offusquer n’est pas plus rationnel que de refuser de l’enlever. Ceux nous obligeant à supporter cette vue ne respectent pas nos croyances & nous ne respecterions pas les leurs si nous les obligions à les enlever, mais la laïcité, afin d’empêcher les heurts religieux, doit interdire les confrontations en limitant les pratiques religieuses au domaine privé. Les religions sont par essence incompatibles entre elles, surtout les révélées (hindouisme, zoroastrisme, judaïsme, christianisme, islamisme, mormonisme, bahaïsme). Elles supportent encore moins la mécréance & l’athéisme, mais les mécréants & les athées doivent supporter, sans rien dire, les religions révélées. Sans la volonté hégémonique de ces religions, sans leur volonté d’imposer leurs croyances à tous, il n’y aurait aucune raison de blasphémer : le blasphème est une soupape de sécurité pour les incroyants. L’opposition à l’IVG, celle au mariage pour tous, le port du voile, le refus de la mixité, sont autant d’atteintes à la laïcité, autant de tentatives d’imposer des croyances à ceux qui ne les approuvent pas.

✧✩❖✩✧

Même si nous ne le partageons pas, nous comprenons ce sentiment d’être attaqué de toutes parts (éprouvé par certains incroyants & qui semble viscéral dans la revue de l’Union des Athées) par les fanatismes religieux, car l’obligation de croire imprègne l’immense majorité des médias, quelle que soit leur forme.

Notre athéisme est un athéisme relatif : nous ne pensons pas que le divin n’existe pas, mais qu’il n’existe que pour ceux qui y croient ! D’autant que le besoin d’irrationnel, autrement dit le fait religieux, n’est pas lié au divin : le bouddhisme du petit véhicule & le jaïnisme sont des religions athées ! Quant au taoïsme, son Tao n’est pas une divinité !

Pratiquement, tous les théistes (Ce ne sont pas nécessairement des amateurs de thé !), rencontrés, contrairement aux quelques déistes connus, étaient persuadés que nous étions dans l’erreur, car le théisme semble n’être qu’absolu. Alors qu’à notre sens, tous les systèmes de croyances sont valables, tant qu’ils sont respectueux de ceux qui les rejettent. Cet irrespect est incompatible avec la démocratie, comme le prouve le comportement des intégristes juifs, chrétiens & musulmans dans notre pays, en particulier.

L’idéologie véhiculée par les séries susmentionnées, comme les réactions de nos relations, montre que pour un théiste, aucun matérialiste ne peut être heureux. Or notre expérience prouve le contraire.

✧✩❖✩✧

Le Matérialisme heureux en pratique

Les croyants réduisent souvent le matérialisme à l’accumulation de richesses & à leur jouissance. N’étant pas riches, ne voulant pas le devenir, nous ne nous inscrivons pas dans cette perspective.

Notre refus du consommationisme, notre rejet de la voiture particulière, notre absence de télévision, notre volonté de ne pas acheter plus d’objets que nous ne pouvons en utiliser, ne nous empêchent pas de regretter de ne pouvoir :

  ⚝  acquérir toujours plus de livres, parce que nos bibliothèques étant pleines de livres & nos murs de bibliothèques, nous serions obligé de déménager pour ranger les tomes supplémentaires ;

  ⚝  goûter tous ces ingrédients solides ou liquides dont la succulence est reconnue, mais la disponibilité incompatible avec nos ressources matérielles & temporelles ;

  ⚝  réaliser toutes ces recettes appétissantes, mais trop nutritives ou malsaines (trop grasses, trop salées ou trop sucrées) que nous ne pourrons réaliser pour ne pas détériorer notre santé.

En cela, nous différons peu des théistes non ascétiques.

Proche de l’épicurien authentique, ne dépendant d’aucun plaisir, y compris le chocolat, nous nous livrons à de périodes d’ascèses, que celles-ci prennent la forme d’abstinence totale ou de remplacement de produits excellents par des médiocres, afin de ne pas oublier la différence entre médiocrité & excellence.

Si les privations volontaires n’entament pas notre joie de vivre, les involontaires génèrent de la frustration, même si elles restent minimes, car nous n’avons jamais été privé de tous nos plaisirs simultanément. C’est en cela que nous différons du pur épicurien !

✧✩❖✩✧

Au niveau sentimental, notre égotisme, faible, mais réel, nous a permis de surmonter la perte d’êtres chers. Nos relations familiales & nos rares amis suffisent à nous réjouir. Notre besoin de relations sociales étant satisfait par notre métier, nous n’éprouvons pas le besoin de loisirs sociaux, même s’ils s’avèrent le plus souvent agréables. De plus, notre asocialité & notre taciturnisme se satisfont de nos activités : lecture, écriture, écoute de CD, visionnement de DVD. Le besoin de faire goûter nos réalisations culinaires nous incite, entre autres motivations, à inviter des relations ou à organiser des soirées-jeux avec apéritifs dînatoires afin de satisfaire entre autres notre gourmandise, tout en profitant du plaisir de l’échange. Comme nos jeux favoris ont peu d’adeptes dans la région grenobloise, il nous faut, généralement, accepter de pratiquer des jeux ne nous intéressant pas, pour inciter nos partenaires à utiliser les nôtres en remerciement. La pratique des jeux par tour ou par mail sur des sites internet, celle de casse-tête matériels ou logiciels épanchent notre soif ludique.

✧✩❖✩✧

Notre attitude positive, car nous cherchons, presque toujours, à voir le bon côté des choses, & notre optimisme lucide, car nous voyons toujours ce qui fâche, car nous arrivons à évaluer rapidement les données erronées, les failles de raisonnement & les coûts physiques, émotionnels, intellectuels de nos choix (mais plus difficilement les coûts économiques), nous aident, beaucoup, à relativiser nos nombreuses mésaventures provoquées par une distraction hors normes.

✧✩❖✩✧

Malgré deux sujets d’inquiétude :

  ⚝  le premier économique & à moyen terme, il est probable que notre employeur dépose le bilan avant que nous arrivions à la retraite ;

  ⚝  le second moral & à long terme, nous avons l’intention de nous supprimer dès que notre dégradation physique ne nous permettra plus de vivre comme nous l’entendons ;

nous pouvons nous affirmer pleinement heureux.

✧✩❖✩✧

Matérialisme & spiritualité

Dans leur ouvrage Peut-il y avoir une spiritualité sans Dieu ?, Éditions de l’Atelier,‎ 2006, Jacqueline Costa-Lascoux, Paul Lombard, Ivan Levaï, & Alain Houziaux, apportent une réponse positive à cette question ! Mais il n’était pas utile d’écrire un livre à cette fin, puisque le bouddhisme & le jaïnisme en proposent une bimillénaire. Il aurait été plus utile de se poser la question Peut-il y avoir une spiritualité sans religion ? Car cela s’avère plus difficile. Si l’on se réfère au sens premier du terme, qualité de ce qui est esprit ou âme, concerne sa vie, ses manifestations ou qui est du domaine des valeurs morales. Quand on nie l’existence d’une âme éternelle, qu’on la réduit à la manifestation de neurones inoccupés à une activité essentielle, peut-on parler de vie spirituelle ? Quand on définit l’esprit comme la masse d’informations interconnectées résultant de l’activité neuronale, nous sommes bien en présence d’immatériel, même s’il reste lié à la matière qui le stocke ! Alors, sans contestation possible, la réponse est oui : méditer, apprécier le beau, rêvasser, ressentir des émotions non liées à des stimuli relationnels directs (échange avec une personne physique ou morale) sont des activités spirituelles. De même la relecture, la réécoute, le re-visionnement, relève de l’activité spirituelle, puisqu’ils visent une meilleure appréciation de l’œuvre, la découverte de détails nous ayant échappé, la valorisation de la technique, l’amélioration de la compréhension des personnages, en d’autres termes, une modification du stock d’informations constitué lors du premier contact.

✧✩❖✩✧

Bref, un matérialiste peut être heureux & vivre une spiritualité, sans religion, même s’il reste agacé par l’association entre matérialisme & décadence du monde.

Alors se pose le problème du rejet systématique sur le matérialisme athée de tous les malheurs du monde. Pourquoi, alors que ce sont majoritairement des monothéistes qui tuent, ruinent, s’entretuent & s’entreruinent, seul le matérialisme athée serait-il responsable de nos calamités ?

Peut-être parce que la majorité des monothéistes est en fait bithéiste : elle adore Dieu & l’Argent ! Cette dernière adulation étant honteuse & inavouée ! Mais pour les religionnaires fanatiques, même quand ils vivent dans l’opulence, affirmer la responsabilité du matérialisme athée, nécessairement mauvais, permet de mieux masquer leur propre matérialisme financier, de dissimuler la priorité du second culte sur le premier !

✧✩❖✩✧

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


2 × six =